Lettre à Roberto

Lettre à Roberto,

Voilà 3 semaines que nous sommes rentrés de notre séjour en Sicile et que je cherche le moyen de vous dire merci, à toi qui nous as accueillis dans ta maison, et à toutes les personnes que nous avons rencontrées.

J’ai bien fait d’attendre un peu : après la fatigue de tous les kilomètres parcourus, les longues journées de visite, les paysages de l’Etna, les gorges de Cavagrande, la mer, après les visages et les paroles écoutées, et échangées,…, quelque chose est apparu : ce que j’avais à en raconter moi-même, à transmettre donc.

Après quelques jours, je ne parlais plus de la beauté de l’île, ni même presque plus des producteurs des Galine Felici, mais de l‘énergie qui vous anime, et qu’on a vue dans chacune des personnes rencontrées.

Aux parisiens qui attendent vos oranges, vos mandarines, vos avocats et vos amandes, nous avons envie de parler d’autre chose : de l’énergie, de l’envie, de la force que vous concentrez dans ce magnifique mouvement collectif des Galline Felici.

Nous savions que l’Italie est en avance dans le domaine de l’agriculture biologique, avec 20% de sa production, contre 4% en France, et nous considérons les GAS (groupements d’achats solidaires) comme les équivalents de nos AMAP. Grouper nos achats et faire venir des agrumes de Sicile serait une extension de notre solidarité avec les agriculteurs, ce que beaucoup d’entre nous expérimentons déjà avec des maraîchers, des arboriculteurs, des éleveurs, etc…

Mais qu’y a t il de plus en Sicile qui m’amène à dire autour de moi : « A Catane, ils vont plus loin que nous, ils sont en avance d’un combat !! L’avenir est là-bas ! » ?

C’est tout simplement l’Humain.

Car le combat des Galline dépasse la solidarité économique entre un producteur et un consommateur, ou entre le Nord et le Sud.

Il dépasse aussi le combat d’une production biologique, dont le label n’a plus beaucoup de sens. La bio a envahi l’industrie agro-alimentaire. Et quelle éthique est soutenue par la bio quand elle est produite par des salariés maltraités et sous-payés ? Aucune, à part peut-être la sauvegarde de la santé du consommateur…

Votre coopérative a su s’appuyer sur la relation directe entre producteurs et consommateurs, développer la coopération entre producteurs, intégrer d’autres secteurs d’une économie solidaire, lutter contre la désertification des campagnes, aider les jeunes qui s’installent, développer les énergies au sein d’un réseau d’humains volontaires et engagés.

Tout cela, je peux le voir en région parisienne, mais de manière éclatée, géré par de nombreuses structures. Il manque le Lien.

Même nos agriculteurs bio et engagés restent souvent dans une logique individuelle. Ils ont aidés par des structures, qui ont des financements publics et des fonctionnements de…structures.

Toi et tes amis, vous avez construit une Vision. C’est peut-être le soleil de la Méditerranée qui le permet, je ne sais pas.

Mais cela me fait tellement plus envie de voir que vous allez provoquer les consommateurs du nord dans leurs habitudes avec vos Sbarqu’inpiazza, que vous débattez de la place des migrants dans l’économie de vos fermes, de leur rémunération autant que de la vôtre.

Quelle belle initiative aussi que d’envoyer Beppe (un grognard de la culture du citron) contrôler les fermes de la coopérative. Je le dis : j’ai vu Beppe faire la Pizza. Alors je peux avoir plus confiance en lui qu’en Ecocert !

Quelle joie de rencontrer Michele, producteur de figues de barbarie et tout juste 25 ans, jeune recrue des Galline. Tu m’as dit qu’il y avait maintenant des poussins et même des « œufs » parmi les Poules Heureuses. Parce que le succès de votre aventure vous amène à être exigeant avec ceux qui veulent vous rejoindre. Là encore, il ne suffit pas de produire bio. Que peut chacun apporter aux autres ? Et au collectif ?

Nous avons relayé un résumé de ce que les Galline ont fait pour La Riela, société de transport confisquée à la mafia et que vous avez soutenue en leur donnant de l’argent et du travail. Et aussi votre soutien à l’Arcolaio, qui fait travailler les détenus de la prison de Syracuse. D’autres coopératives sociales font partie de la coopérative et vous nous avez parlé de vos projets d’accueil éco-solidaire en Sicile. L’aventure continue.

Et elle continue aussi avec ces énergies « marginales » et tellement indispensables que vous nous avez permis de rencontrer : Adrien, belge et sicilien depuis 7 ans qui vient d’acheter sa propriété pour y planter des arbres et… vivre en autosubsistance. Ou Antonio, qui ne vend pas grand-chose non plus à la coopérative mais dont l’amour des plantes sauvages, des aromatiques, des fruits et de Fukuoka nous a émerveillé. Toi, Roberto, vieux pirate (vieille poule au pot ?), tu sais recruter l’avenir de ton île !

Je souhaite à beaucoup des membres de Corto de venir voir, de venir vous rencontrer, et pourquoi pas de participer. Il y a peut-être un embryon de poule heureuse à Paris qui attend d’être fécondé.

Merci

Robert

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